Les oppida celto-ligures du plateau

Patrimoine
Publié le 27/01/2026 à 21:33 par Laurent Boulanger
Le plateau de Caussols conserve une concentration exceptionnelle d’oppida celto-ligures, installés sur des hauteurs stratégiques entre l’Âge du Bronze final et l’Âge du Fer. Discrets et souvent difficiles à repérer, ces sites fortifiés s’intègrent étroitement au relief et témoignent d’une occupation humaine ancienne, structurée et profondément adaptée à la topographie karstique du plateau.

Le plateau de Caussols conserve l’un des ensembles d’oppida celto-ligures les plus remarquables des Préalpes de Grasse.

Ces sites fortifiés, installés entre l’Âge du Bronze final et l’Âge du Fer, témoignent d’une occupation humaine structurée, durable et profondément liée à la topographie du plateau.

Contrairement à l’image parfois véhiculée de forteresses massives, les oppida de Caussols sont le plus souvent discrets, intégrés au relief, et aujourd’hui difficiles à distinguer sans un regard averti.

Qu’est-ce qu’un oppidum celto-ligure ?

Un oppidum est un habitat ou un site fortifié installé en position dominante.

Chez les populations ligures, il ne s’agit pas systématiquement de villes au sens urbain, mais plutôt de lieux d’ancrage territorial combinant plusieurs fonctions : habitat, refuge, contrôle des axes de circulation, parfois espace symbolique ou cultuel.

Les Ligures privilégiaient les hauteurs naturelles, les rebords de plateau et les crêtes, qui offraient à la fois visibilité, protection naturelle et proximité des ressources.

Une concentration exceptionnelle sur Caussols

Le territoire de Caussols et ses abords immédiats comptent une quinzaine d’oppida identifiés, ce qui constitue une densité remarquable à l’échelle régionale.

Parmi les sites les plus connus figurent notamment :

  • Rocca Dura,
  • les oppida de la Gardette et de la Malle,
  • Barlet (sites nord et sud),
  • Troubade,
  • l’oppidum du Haut-Montet, installé sur l’un des points culminants du secteur.

Ces sites occupent des positions stratégiques, souvent en lien visuel les unes avec les autres, suggérant une organisation territoriale cohérente plutôt qu’une implantation isolée.

Une implantation dictée par le relief

Le choix des emplacements répond à une lecture fine du paysage.

Les oppida sont généralement installés :

  • sur des éminences naturelles,
  • à proximité de ruptures de pente,
  • en bordure de plateau ou au-dessus de vallées,
  • près d’axes de circulation naturels entre l’intérieur des terres et le littoral.

Le plateau de Caussols, avec son relief ouvert mais découpé, offrait des conditions idéales pour ce type d’implantation. Le karst, les barres rocheuses et les lapiaz constituaient autant d’éléments défensifs naturels, limitant les besoins en fortifications massives.

Des structures aujourd’hui très discrètes

Les vestiges visibles sont souvent réduits à des murs en pierres sèches, parfois cyclopéens, des alignements de blocs, ou des talus difficilement lisibles.

L’érosion, la végétation et le remploi des pierres au fil des siècles ont fortement atténué la lisibilité de ces sites.

Dans certains cas, seule la configuration du terrain — plateforme sommitale, rupture nette, accumulation de pierres — trahit l’occupation ancienne. Cette discrétion explique pourquoi de nombreux oppida restent méconnus du grand public.

Des fonctions multiples

Tous les oppida de Caussols ne remplissaient pas nécessairement la même fonction.

Certains semblent avoir été des habitats permanents ou semi-permanents, d’autres des refuges temporaires ou des sites à vocation symbolique.

La présence de petits oppida, parfois de surface réduite, suggère que certains lieux pouvaient être liés à des pratiques rituelles, à des points de rassemblement ou à des marqueurs territoriaux plutôt qu’à un habitat dense.

Une continuité dans l’occupation du plateau

Les oppida celto-ligures ne constituent pas une rupture dans l’histoire humaine de Caussols, mais une étape structurante.

Ils s’inscrivent dans la continuité des occupations préhistoriques et préfigurent les choix d’implantation ultérieurs : contrôle des hauteurs, usage des passages naturels, adaptation au milieu karstique.

Même après l’intégration de la région au monde romain, ces logiques spatiales continueront d’influencer les circulations et les usages du plateau.

Un patrimoine fragile et peu visible

Aujourd’hui, les oppida de Caussols sont des sites archéologiques fragiles.

Leur discrétion est à la fois une richesse et une vulnérabilité : piétinement, prélèvement de pierres ou aménagements non maîtrisés peuvent altérer des vestiges déjà très ténus.

Les préserver, c’est accepter qu’ils ne soient pas spectaculaires.

C’est reconnaître leur valeur non dans ce qu’ils montrent immédiatement, mais dans ce qu’ils révèlent de la relation ancienne entre l’homme et ce plateau exigeant.

Les oppida celto-ligures de Caussols rappellent que le territoire n’a jamais été vide.

Il a été pensé, parcouru et structuré bien avant les paysages actuels — et ces traces, même discrètes, en sont les témoins les plus anciens encore lisibles.